Les Autochtones peuvent obtenir d'autres financements, indique la ministre
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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — La ministre des Services aux Autochtones, Mandy Gull-Masty, défend l'absence de financement spécifique aux Autochtones dans la mise à jour économique de printemps du gouvernement.
Elle affirme que les peuples autochtones doivent voir au-delà des sections qui leur sont spécifiquement destinées, citant comme exemple les mesures visant à lutter contre la criminalité financière.
«C'est un problème dont les aînés sont victimes, a expliqué Mme Gull-Masty lors d'une entrevue avec La Presse Canadienne. C'est ainsi que nous protégeons les aînés au sein de la communauté. Cela s'applique tout à fait à eux.»
La ministre invite les Autochtones à s'intéresser aux mesures inscrites dans le document liées au financement du sport ainsi qu'aux efforts visant à protéger l’environnement.
Son bureau a répété à plusieurs reprises aux journalistes qu’un tableau de zéros dans le budget d’automne n’avait rien d’inquiétant pour les communautés autochtones.
Elle a affirmé que son bureau procédait à un examen des dépenses afin de déterminer ce qui fonctionnait et ce qui devait être supprimé ou modifié avant la déclaration économique du printemps, où davantage de financement serait prévu.
Mais les communautés ont été déçues après la publication de ce document la semaine dernière, car bon nombre de ces zéros subsistaient, notamment pour l’eau potable dans les communautés des Premières Nations.
Mme Gull-Masty a promis une nouvelle fois lors de l'entrevue que ces zéros seraient comblés.
«Quant à savoir à quoi cela ressemblera, j’y travaille encore avec mes collègues», a-t-elle précisé.
Financement des infrastructures
Le document prévoit 4,3 milliards $ pour l’éducation des Premières Nations, la sécurité alimentaire des Inuits et la protection de l’enfance autochtone. Une grande partie des fonds mentionnés dans la déclaration a déjà été annoncée, tandis que les fonds destinés à la construction de logements supplémentaires dans les communautés autochtones sont réaffectés à partir d’autres secteurs du gouvernement.
Le gouvernement fédéral consacre cette année 601 millions $ à l’enseignement primaire et secondaire dans les réserves afin de répondre «aux besoins des jeunes des Premières Nations afin qu’ils puissent participer à part entière à la main-d’œuvre qualifiée du Canada».
Lorsqu’on lui a demandé si cela signifiait que le gouvernement fédéral s’éloignait de l’idée d’encourager les jeunes des Premières Nations à poursuivre des études postsecondaires – domaine dans lequel ils restent encore loin derrière les non-Autochtones – pour les orienter vers les métiers, Mme Gull-Masty a répondu que «les gens doivent comprendre que le pays tente de bâtir un “Canada fort”».
«Il ne s’agit pas seulement de consultations. Il s’agit de préparer les gens à tirer parti des opportunités qui découleront de ces projets — trouver un emploi, devenir un travailleur qualifié, devenir un artisan, cela m’encourage», a-t-elle déclaré.
La cheffe nationale de l’Assemblée des Premières Nations, Cindy Woodhouse Nepinak, a répété à plusieurs reprises que le Canada dépendait trop de la main-d’œuvre étrangère alors que les jeunes des Premières Nations attendent des opportunités pour intégrer les métiers spécialisés.
Mais elle a également fait part de ses inquiétudes concernant le nombre insuffisant d’étudiants des Premières Nations obtenant des diplômes d’études postsecondaires, et souhaite que le gouvernement fédéral investisse davantage pour faire progresser ces chiffres.
«C’est l’éducation qui nous a menés là où nous en sommes aujourd’hui, et c’est l’éducation qui nous en sortira, a-t-elle souligné. Nous devons vraiment faire pression pour obtenir des financements et des investissements dans l’enseignement supérieur.»
Le document ne mentionne pas le financement de l’accès à l’eau potable dans les communautés des Premières Nations. Mme Gull-Masty a expliqué que cela s’expliquait par le fait que le gouvernement fédéral travaillait toujours à l’élaboration d’une loi sur la question, qu’il a promis de présenter ce printemps.
La Presse Canadienne a demandé si cela signifiait que son gouvernement veillerait à ce que les Premières Nations aient la capacité de protéger les sources d’eau sur leurs territoires — comme le prévoyait la législation précédente sur la question, élaborée conjointement avec les dirigeants des Premières Nations, qui a été abandonnée lorsque le gouvernement a été prorogé l’année dernière, mais à laquelle s’opposaient l’Ontario et l’Alberta.
Mme Gull-Masty a répondu qu'il y avait «des discussions plus importantes auxquelles je réfléchis et que j’essaie d’approfondir.»
Mme Woodhouse Nepinak a déclaré que les dirigeants des Premières Nations avaient «travaillé très dur» sur la législation précédente et que la ministre Gull-Masty devrait prendre ce projet de loi en considération.
Femmes et filles disparues
Le gouvernement fédéral promet également 8 millions $ pour les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, et 1 million $ pour soutenir le Cercle national des familles et des survivants.
La députée néo-démocrate Leah Gazan a estimé que ce financement était loin d’être suffisant pour aider à lutter contre le problème de la violence visant les femmes et les filles autochtones à une époque où le gouvernement fédéral cherche à intensifier les projets d’extraction de ressources.
Mme Gull-Masty a indiqué que, si le gouvernement a un rôle à jouer pour assurer la sécurité des femmes et des filles autochtones, les entreprises en ont un aussi.
Mme Woodhouse Nepinak est d'avis que si certains des financements prévus dans la mise à jour économique du printemps sont encourageants, l’absence de financements spécifiques aux Autochtones nuit aux communautés.
«Je suis sûre que les intentions de la ministre sont bonnes, mais en même temps, s’il n’y a pas de dispositions spécifiques, nous savons à quel point cela est préjudiciable aux Premières Nations», a-t-elle expliqué.
«Et, malheureusement, la voie proposée par le Canada pour bâtir un “Canada fort” ne semble pas inclure les Premières Nations. Et cela signifie que l’économie canadienne ne fera que s’affaiblir si nous n’en faisons pas partie», a-t-elle ajouté.
Alessia Passafiume, La Presse Canadienne