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Un glissement de terrain en Alaska a provoqué un tsunami plus haut que la tour du CN

durée 08h31
6 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

L'année dernière, lorsque des millions de tonnes de roches se sont effondrées sur un kilomètre de profondeur dans un fjord d'Alaska, cela a provoqué l'un des plus grands tsunamis jamais enregistrés: une vague gigantesque de 481 mètres, plus haute que la plus haute plate-forme d'observation de la tour du CN.

Dan Shugar, professeur associé à l'Université de Calgary et auteur correspondant d'une nouvelle étude au sujet de cet événement, affirme que l'ampleur du tsunami du fjord Tracy Arm montre le potentiel catastrophique de telles vagues et explique pourquoi leur risque doit faire l'objet d'une attention accrue de la part des décideurs politiques, en particulier en Colombie-Britannique.

«Sur la côte ouest, nous avons Prince Rupert et Port Alberni, nous avons des villes situées à l'embouchure de certains de ces fjords», a prévenu M. Shugar.

«Il y a également un impact écologique assez important: de nombreux arbres ont été oblitérés, en plus des habitats et probablement des animaux et autres qui ont été balayés par ce tsunami.»

L'étude, publiée mercredi dans la revue Science, révèle que le tsunami ne se serait peut-être pas produit sans le recul rapide d'un glacier qui se serait autrement trouvé sur la trajectoire du glissement de terrain.

Elle prévient que le réchauffement continu, associé à «une exposition croissante due à l’expansion des infrastructures et au tourisme de croisière», signifie que les risques liés aux tsunamis de fjord déclenchés par des glissements de terrain sont en augmentation.

«Des enchaînements de risques similaires pourraient entraîner de futures catastrophes», est-il précisé.

L'étude rapporte qu'à 5 h 26 du matin, le 10 août de l'année dernière, un glissement de terrain de plus de 64 millions de mètres cubes s'est déversé sur 1000 mètres de dénivelé dans le fjord étroit et profond de Tracy Arm.

La vague qui en a résulté a atteint la deuxième plus grande hauteur de remontée — c'est-à-dire la hauteur à terre au-dessus du niveau de la mer — jamais enregistrée, soit environ 481 mètres.

Le fjord accueille habituellement environ trois navires de croisière par jour, mais, pendant les mois d’été, plus de vingt navires visitent quotidiennement les fjords de Tracy Arm et d’Endicott Arm, situés à proximité.

Heureusement, le seul bateau de croisière présent dans le fjord à ce moment-là ne se trouvait pas sur la trajectoire du tsunami — il aurait été «impossible à survivre» pour les bateaux de croisière à l'entrée du fjord, a déclaré M. Shugar, professeur associé en sciences de la Terre et de l'environnement à l'Université de Calgary.

Le glissement de terrain a fait monter le niveau du fjord comme de l'eau qui déborde des bords d'une baignoire, a expliqué le chercheur.

Cette étude, à laquelle ont également participé des universitaires d'Alaska, du Danemark, du Royaume-Uni et d'ailleurs, a révélé que le glacier South Sawyer avait reculé de manière substantielle, d'environ 500 mètres, au cours des mois précédant le glissement de terrain.

S'il ne s'était pas retiré, le glissement se serait effondré ce dernier ou ne serait pas tombé du tout, selon l'étude.

M. Shugar a expliqué que les réchauffements observés près du fjord au cours des 200 dernières années environ pouvaient être presque entièrement imputés à l'activité humaine, et qu'ils avaient entraîné l'amincissement et le recul des glaciers.

Il a comparé le glissement de terrain à un enfant qui range sa chambre en bourrant son placard de toutous et d'autres débris — avant de verrouiller la porte.

«La porte, c'est la paroi rocheuse, mais elle est maintenue fermée par le loquet, n'est-ce pas? Et le loquet, c'est le glacier», a-t-il imagé.

«Et si vous retirez le glacier, vous déverrouillez la porte, celle-ci s’ouvre et tous les ours en peluche tombent.»

M. Shugar a indiqué qu’il ne pensait pas que la crainte de tsunamis potentiels devrait empêcher les navires de croisière et les pétroliers de naviguer au large des côtes canadiennes.

Cependant, avec l’augmentation des croisières touristiques et la possibilité d’une hausse du trafic de pétroliers — dans un contexte de discussions sur la possibilité d'un nouvel oléoduc vers la côte de la Colombie-Britannique —, de tels vagues pourraient constituer une menace.

«Nous devrions vraiment examiner ces pentes de très près pour évaluer le risque ou le danger qu’elles représentent et envisager d’investir dans toutes sortes d’instruments susceptibles de fournir une alerte précoce», a-t-il soutenu.

Il a ajouté que la Commission géologique du Canada étudie déjà les risques liés aux fjords, mais que cette question devrait être prise en compte par les décideurs politiques à l'échelle du pays.

Dayne Patterson, La Presse Canadienne