Le Conseil économique de Beauce a réuni 485 personnes, ce jeudi 30 avril, au Centre de congrès Le Georgesville de Saint-Georges, pour la 31e édition de son Souper d’affaires de prestige.
Invité comme conférencier dans le cadre des 60 ans de Pomerleau, Pierre Pomerleau, président exécutif du conseil d’administration, a livré une conférence à la fois personnelle et économique sur l’histoire de l’entreprise née en Beauce, sa culture, sa relève et les grands défis à venir dans le domaine des infrastructures.
D’entrée de jeu, l’homme d’affaires a rappelé l’importance de revenir parler de Pomerleau dans la région où tout a commencé.
« Vraiment chanceux d’être ici aujourd’hui avec un groupe de gens d’affaires de la région de la Beauce qui me tient tellement à cœur », a-t-il lancé.
L’entreprise, fondée en 1966 par son père Hervé Pomerleau, célèbre cette année six décennies d’existence. Pour Pierre Pomerleau, ce parcours ne se résume pas à une croissance financière ou à une succession de grands projets. Il s’agit d’abord d’une culture d’entreprise profondément enracinée en Beauce.
« Je pense qu’on a une culture qui est unique, qui nous distingue, qui nous rend vraiment fiers, puis qui vient d’ici, qui est née ici en Beauce. Elle est imprégnée partout au Canada dans des gens qui ne sont même pas nés ici. »
Une culture bâtie sur le terrain
Pierre Pomerleau est revenu sur les premières années de l’entreprise, marquées par le travail de terrain, la proximité avec les employés et une façon de faire très directe. Il a décrit son père comme un entrepreneur typique de son époque, travaillant, exigeant, mais aussi profondément humain.
« Hervé, il avait absolument peur de rien. Le mot risque, il n’a jamais connu. C'était, on va chercher la job et après ça on s’organise. Puis je pense que des entrepreneurs comme ça, il y en a beaucoup en Beauce, des gens qui sont résilients, qui ont une énergie hors du commun, qui ne lâchent jamais, qui sont des gagnants. Ça, ça fait partie de l’ADN des Beaucerons. »
Selon lui, cette culture s’est construite dans des gestes simples, souvent loin des grandes salles de réunion. Il a notamment évoqué les samedis matin où les surintendants venaient au siège social, plans déployés sur le capot des camions, pour faire le bilan de la semaine et préparer la suivante.
« On parlait de la semaine, de ce qui s’était passé, ce qui avait marché, ce qui n’avait pas marché, des erreurs, des solutions. On se disait des vraies affaires. »
Cette manière de travailler a laissé une trace durable dans l’organisation.
« La culture de Pomerleau, ça s’est passé comme ça, sur le terrain, en toute simplicité, en authenticité, rigueur, résultat. »
Des racines beauceronnes à une portée canadienne
Aujourd’hui, Pomerleau n’est plus la petite entreprise régionale de ses débuts. Pierre Pomerleau a rappelé que l’entreprise compte 5 000 employés permanents, 220 chantiers actifs et un chiffre d’affaires d’environ 7 G$.
Chaque jour, environ 25 000 personnes passent sur ses chantiers. L’entreprise est présente dans plusieurs secteurs, dont le bâtiment, le génie civil, les grands projets d’infrastructures, l’énergie renouvelable, les hôpitaux, les écoles, les centres de soins ou encore les projets industriels.
Malgré cette croissance, il insiste sur un point, l’entreprise demeure attachée à son origine beauceronne.« Notre histoire, elle vient d’ici, elle s’est vécue ici, elle continue de se vivre aujourd’hui ici. On est une entreprise qui est éminemment beauceronne. »
Il a aussi souligné que plusieurs partenaires historiques de Pomerleau proviennent de la Beauce ou de la région de Québec, certains ayant eux aussi grandi à l’échelle pancanadienne.
« Cette histoire-là, elle existe depuis longtemps, puis elle continue. »
Des mentors et une relève de leaders
Dans sa conférence, Pierre Pomerleau a aussi tenu à nommer ceux qui ont contribué à bâtir cette culture, notamment Jean-Pierre Bégin et François Fecteau.
Il a particulièrement insisté sur la transmission du leadership à l’intérieur de l’organisation.
« Le leadership chez Pomerleau, c’est une transfusion sanguine. C’est une personne qui en a créé cinq, cinq qui en ont créé 20, 20 qui en ont créé 100 et 100 qui en ont créé 300. »
Cette idée de transmission a pris une place importante dans son discours, notamment lorsqu’il a abordé la relève à la direction de l’entreprise.
Depuis 2023, Philippe Adam occupe le poste de président-directeur général de Pomerleau. Pierre Pomerleau a reconnu que ce choix n’était pas le plus évident sur papier, puisque celui-ci n’avait pas plusieurs années d’ancienneté dans l’entreprise et ne venait pas directement du même parcours technique que plusieurs autres candidats potentiels.
« C’était loin, loin d’être un choix évident », a-t-il reconnu, avant de décrire un dirigeant doté d’une vision stratégique claire, d’une grande capacité de communication et d’une forte humilité.
Trois ans plus tard, il estime que la décision était la bonne. « Ce que je peux vous dire, c’est que la compagnie n’a jamais été aussi bonne. Elle est meilleure que quand j’étais CEO. Pour un entrepreneur, il y a beaucoup d’humilité là-dedans, mais en même temps, beaucoup de satisfaction. »
Grandir sans perdre son âme
Pierre Pomerleau a également abordé l’un des grands défis d’une entreprise en croissance. à savoir continuer à se développer sans perdre ce qui a fait sa force.
« On a toujours eu une assez grande ambition pour grandir. Pourquoi on voulait grandir? Ce n’est pas parce qu’on voulait plus de chiffre d’affaires ou plus de profits. On n’avait pas le choix de grandir. »
Selon lui, la croissance permet d’offrir des défis et des possibilités d’avancement aux talents internes.« Si tu ne grandis pas, tu ne donnes pas d’opportunité, tu ne donnes pas de challenge. »
Il a toutefois reconnu que cette croissance devait être contrôlée et structurée. « Comment on fait pour continuer à croître, mais conserver la culture, continuer d’assurer la santé-sécurité de nos gens, la qualité, garder le contrôle sur nos projets? »
Pour y arriver, Pomerleau a lancé un important processus de planification stratégique après la transition vers la nouvelle direction. L’objectif était de construire un plan solide, discipliné et propre à la vision du nouveau président-directeur général.
Cette démarche a notamment permis de concentrer les efforts sur quatre priorités avec l’estimation, la trésorerie, la standardisation de l’exécution des projets et l’approvisionnement.
Une industrie en transformation
La conférence a aussi permis de mieux comprendre la complexité actuelle des projets d’infrastructure. Pierre Pomerleau a cité l’exemple du toit du Stade olympique à Montréal, un projet réalisé en consortium avec Canam-Manac, pour lequel huit années de préconstruction ont été nécessaires avant la signature du contrat.
« Huit ans, ça prend de la patience. Ça prend de la résilience. »
Il a aussi parlé du plus grand système de levage de la planète, qui devra être mis en place pour ce projet, ainsi que de la précision requise pour planifier les travaux sur plusieurs années.
Plus largement, Pomerleau participe actuellement à de nombreux projets d’envergure, dont des centres de données, des usines de batteries, des projets miniers, des tours résidentielles et de bureaux, des écoles, des maisons pour aînés, des universités et des hôpitaux.
« On dit souvent chez nous, ce ne sont pas vraiment des projets qu’on fait, ce sont des transformations. On améliore la vie des citoyens. On change le monde. »
Des occasions à saisir pour les entreprises d’ici
Dans la dernière partie de sa conférence, Pierre Pomerleau a élargi son propos au contexte économique canadien et aux investissements à venir dans les infrastructures.
Selon lui, le Canada entre dans une période où les besoins seront majeurs, notamment pour les aqueducs, les égouts, les routes, les infrastructures sociales, le transport, la défense et les grands projets énergétiques.
Il estime que les entreprises doivent se préparer dès maintenant pour saisir ces occasions. « Je pense que les entreprises de la Beauce ont tout à gagner à participer à l’essor, les opportunités incroyables. Il faut aller les chercher parce que je pense que cette grande opportunité d’infrastructures, on ne l’a jamais vue de notre vivant. »
Il a aussi insisté sur l’importance de soutenir davantage les entreprises canadiennes et québécoises dans l’attribution des contrats.
« Ici au Canada, en 27 ans comme CEO, je n’ai jamais eu un politicien qui m’a appelé pour demander de donner une job à une entreprise du Québec. »
À ses yeux, cette question dépasse l’économie directe. Elle touche aussi l’ancrage des entreprises dans leurs communautés. « Je n’ai jamais réussi à avoir une cent de philanthropie d’une compagnie dont le siège social est au Nebraska, parce que elle met son argent au Nebraska, dans ses hôpitaux. La compagnie de l’Alberta met en Alberta, la compagnie du Québec, au Québec. »
Son message aux gens d’affaires présents au Georgesville était clair : « Encourageons nos entreprises d’ici à grandir. »
Pour Pierre Pomerleau, cette histoire demeure avant tout collective.
« Je suis vraiment fier du parcours. Je suis fier des gens, des talents qui travaillent chez nous. Vraiment fier de l’entreprise qu’on a bâtie à partir de la Beauce, ensemble, avec des talents extraordinaires », a-t-il conclu.
Un hommage à Serge Roy
La soirée s’est aussi conclue par la remise du Prix reconnaissance Jean-Denis Poulin à Serge Roy, afin de souligner son apport au développement économique de la Beauce.
Économiste de formation, il a notamment été directeur du Conseil économique de Beauce, où il a contribué à plusieurs projets liés au développement industriel, aux services aux entreprises et à l’enseignement supérieur. Il a ensuite poursuivi sa carrière à la Financière Banque Nationale.
Par cette 31e édition, le CEB a donc mis en lumière à la fois une grande entreprise née en Beauce, un message fort sur l’avenir économique de la région et l’apport d’un acteur ayant marqué son développement.