Des méthodes sont maintenant documentées pour optimiser nos capacités de régénération et ce, par nos propres moyens. C’est le propos de cet article de vous introduire à certains de leurs mécanismes d’action.
Un poison et son antidote
Le stress peut être défini comme un défi à s’adapter au changement. À dose légère à modérée, il suscite généralement une réponse de défense salutaire à court terme. Celle-ci peut devenir néfaste à long terme si les demandes sont trop fréquentes ou qu’elles dépassent les capacités de l’individu à y faire face. Les menaces à notre équilibre se situent alors simultanément à plusieurs niveaux physiologiques compte tenu de leur association au développement d’un état proinflammatoire via les interactions entre les systèmes nerveux, endocrinien et immunitaire. Au plan moléculaire, cet état constituerait un dénominateur commun potentiel ou un facteur relativement non spécifique pouvant contribuer à la progression de maintes maladies chroniques ou dégénératives. Des exemples de l’aboutissement de ce processus sont les maladies cardio-vasculaires, la maladie inflammatoire de l’intestin (IBD), l’arthrite rhumatoïde, la sclérose en plaques et la maladie d’Alzheimer.
Alors, une question s’impose : si le stress contribue au développement de certaines maladies, inversement, la relaxation entraînerait-elle un soulagement? Nous pensons que oui à la lumière des résultats positifs consignés pour des maladies comportant un volet immunologique comme l’arthrite rhumatoïde et le cancer. Une amélioration est aussi notée pour les maladies cardiovasculaires et neuro-dégénératives, l’anxiété et la dépression.
Similia similibus curentur (les semblables doivent être guéris par les semblables)
Bien que sorti de son contexte, j’ai volontairement emprunté cet aphorisme cher aux homéopathes pour illustrer avec une note un peu plus légère comment certains méfaits non spécifiques pouvaient être améliorés par des bienfaits tout aussi non spécifiques de certaines MAC; ceux-ci venant s’ajouter aux bénéfices propres à chacune.
Un objectif de la médecine intégrée consiste à favoriser les processus de guérison inhérents à l’être humain. Plusieurs voies peuvent être empruntées à cette fin dont les approches psychocorporelles, la musique, les massages, l’ostéopathie et l’acupuncture. Ces modalités partagent certains effets génériques basés sur des mécanismes communs qui sollicitent l’oxyde nitrique via un circuit central (ex. les voies morphinergiques du système limbique) et/ou local (par ex. mécano-transduction). Ces éléments entrent dans la construction d’une hypothèse tentant d’expliquer pourquoi certaines MAC seraient efficaces envers des pathologies très diversifiées.
Au sein d’un foisonnement de moyens, nous privilégierons des approches psychocorporelles pouvant être enseignées et pratiquées en groupe pour illustrer tant cette hypothèse partagée de fonctionnement que certains avantages à procéder de la sorte. La méditation, le yoga, le training autogène, la relaxation musculaire progressive, le qigong et le taijiquan sont des exemples classiques de ces disciplines ayant la capacité d’évoquer une réponse de relaxation. Celle-ci peut être apprise, volontairement déclenchée et renforcée par des conditions favorables comprenant les croyances et les valeurs, l’attente de bons résultats, le support de pairs et un environnement sécurisant.
Ce phénomène survient quand une personne s’engage patiemment dans une activité mentale ou physique répétitive et ignore passivement ses pensées distrayantes. Il comporte un ensemble de réactions physiologiques scientifiquement établies tels une réduction du métabolisme, un ralentissement du rythme cardiaque et du rythme respiratoire, une baisse de la pression sanguine, un apaisement de l’activité cérébrale et une élévation des taux d’oxyde nitrique. Quoique étroitement liées à cette molécule, on pense que ces réactions font partie d’une cascade plus vaste dont le mécanisme déclencheur précis reste encore à découvrir.
Oxyde nitrique – Cours 101
Cette petite molécule, trompeusement anodine, se retrouve dans la régulation de maints processus physiologiques ayant une incidence en psychoneuroimmunologie; ce pourquoi elle s’avère particulièrement intéressante pour mieux comprendre certains modes d’action des approches corps-esprit.
Dans le contexte anti-stress qui nous concerne, en périphérie, elle contrecarre directement l’action de l’adrénaline et exerce une régulation à la baisse sur l’excitation des systèmes nerveux et immunologiques. Tout cela via une signalisation complexe pouvant impliquer la dopamine, les endorphines et les endocannabinoïdes. Cela laisse supposer des liens étroits avec diverses composantes du système limbique notamment en ce qui à trait au circuit de motivation et de récompense, à la gestion de la douleur et des émotions, à l’effet placebo et au lien d’attachement; tous des éléments dont nous pouvons tirer profit pour combattre la maladie.
Préférer enseigner à pêcher que donner du poisson: les avantages d’un club de pêche
Un recul face à la dispensation des soins de santé au Québec tend à démontrer qu’il n’y a pas grands avantages à entretenir une relation thérapeutique de dépendance avec ce système. Bien au contraire, une approche basée sur la motivation personnelle et l’encouragement à l’autonomie irait dans le sens de meilleurs résultats en termes de santé globale. C’est d’ailleurs ce qui est préconisé dans « La solution intérieure », livre récemment écrit par Thierry Janssen, chirurgien devenu ensuite psychothérapeute. La demande d’une portion croissante de patients irait également en ce sens, du moins selon une étude française.
Parallèlement, tout en favorisant une prise en charge personnelle, on veillera à mettre à profit les forces créées par un groupe d’appartenance où l’on peut se sentir à l’aise et en sécurité. La neurobiologie est maintenant à même de nous démontrer les bienfaits sur le stress d’une grégarité bien choisie.
Conclusion
À la lumière des connaissances scientifiques actuelles, il existe suffisamment d’information permettant de recommander à nos patients des pratiques documentées capables d’harnacher des processus physiologiques de guérison.
Remerciements
L’auteur désire remercier pour leur support à la documentation de cet article mesdames Carole Thiébaut et Danielle Benz, assistantes de recherche respectivement à la Chaire pour l’enseignement d’une approche intégrée en prévention de l’Université Laval et à l’Institut de Recherche en Neuroscience de l’Université de l’État de New York à Old Westbury.
Article paru initialement dans L’Actualité Médicale, Vol 10 No 21, 2007-03-21, pp. 41, 49 sous le titre Mettre à profit des processus de guérison. Édition : Claude Fournier.
Claude Fournier, MD.
Courriel : foucla01@yahoo.com
Claude Fournier est clinicien au Centre de santé et de services sociaux de Beauce où il enseigne le qigong et le taijiquan. Un partenariat avec la Fondation du cœur Louis-Georges Fortin et Accueil-Sérénité lui permet de transmettre ces enseignements à des personnes respectivement atteintes de maladies cardiaques et pulmonaires et de cancer.