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Les ânes parlent à Noël

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Une fois, c’était, ah! il y a bien longtemps de ça, un pauvre homme qui avait acheté une petite terre dans un rang puis il la travaillait avec ses deux ânes. Il peinait du soir au matin pour joindre les deux bouts. Il espérait construire une petite maison pour loger sa femme et ses trois enfants qui demeuraient avec ses parents dans un taudis au village.

Il avait une entente avec le propriétaire, un avare qui vivait tout seul dans une grande maison pas loin de la petite étable où le gars restait avec ses deux ânes. Dans un coin de l’écurie, il couchait, là, sur la paille dans une crèche. 
Malgré ses efforts cette année-là, il n’avait accumulé que quelques écus qu’il réservait pour honorer son engagement avec l’avare.

— N’oublie pas que tu dois me payer cent écus entre Noël et le jour de l’An, avait dit l’avare. Faute de paiement le 28 décembre, je saisis tout. La terre, le bois que t’as coupé et tes ânes deviennent ma propriété.
Le pauvre ne savait où donner des bras, des jambes et de la tête pour ramasser une pareille somme en temps. Il travaillait jour et nuit sans relâche.
Il bûchait du bois qu’il offrait aux habitants du village, mais y avait pas beaucoup d’acheteux. Sa femme faisait les comptes et amassait toutes les cennes qu’il gagnait.

C’était la veille de Noël et le pauvre avait travaillé toute la journée comme un forçat. Il connaissait la tradition des vingt chapelets récités pour obtenir une faveur spéciale et toute la journée, il avait charrié, scié et fendu du bois. Le bruit que faisaient la scie et la hache en entrant dans le bois semblait dire comme lui :

— Je vous salue, Marie pleine de grâces... Sainte Marie mère de Dieu...
— Sainte Vierge Marie faites que j’accumule la somme nécessaire en temps. Sans ça, je suis ruiné, ma femme mes enfants et mes vieux parents seront dehors puis moi, j’aurai travaillé pour rien.

En après-midi, une tempête de vent, de neige de poudrerie se déclenche. On ne voit pas dix pieds en avant. De bonne heure, il dételle ses ânes et les met à l’abri dans l’étable. À cause de la tempête, on ne voit ni ciel ni terre. Il se prépare à passer la nuit dans l’écurie avec ses ânes. En soirée, il pense :
— Je vas aller voir le propriétaire et je m’en vas lui demander un sursis.
Il chausse ses raquettes et, dans la neige molle, il enfonce jusqu’à mi-jambe.  Son fanal à la main, il arrive à la maison de l’avare non loin et cogne à la porte.

Le vieil homme vient ouvrir et lui dit :
— Qu’est-ce que tu viens quémander encore?
— Est-ce que je peux entrer pour me chauffer un peu?
— Tu peux entrer, mais tu sais que je ne chauffe pas pour rien moi! Je ne gaspille pas le bois de chauffage comme les riches du village.
Il entre dans la maison et remarque :
— Il fait aussi frette icitte-dans que dehors. Si vous n’avez pas de bois, je vas vous en vendre. Je peux même vous en donner. Brrrr.
— Laisse faire, vite, qu’est-ce que tu veux?
— Je veux vous demander un sursis. Je n’ai pas les cent écus requis pour vous payer le 28 décembre. 
— Ça, c’est ton problème. J’ai le contrat signé icitte dans mes mains. Tu me paies en temps ou je reprends la terre, le bois, l’écurie et tes deux ânes sont à moi le 28 décembre.
— Mais, ma femme puis mes enfants, qu’est-ce qu’ils vont devenir? Vous ne pourriez pas faire une exception pour Noël?
— Non! Quand on n’a pas d’argent, on ne se marie pas, on ne fait pas d’enfants puis on ne parle pas de Noël. Des superstitions de vieilles bonnes femmes, des saintes nitouches. dit l’avare en lui claquant la porte au nez.
Démoralisé, le père s’en retourne à son écurie dans la tourmente. Le froid a augmenté et en chemin, il récite quelques Avés en pensant :
— J’ai dit mes vingt chapelets et il est presque minuit, l’heure où le Sauveur est né. Sainte Vierge Marie, venez à notre aide.
Il arrive à la porte de l’écurie, et avant d’entrer, il entend des voix à l’intérieur de l’étable.
— Comme je te disais mon vieux frère, c’est notre ancêtre, le vieil âne gris qui a réchauffé les pieds du petit Jésus, tandis que le bœuf roux lui réchauffait le corps avec son haleine.
— Ça devait être une belle nuit! Mais revenons à la réalité d’aujourd’hui. Tu sais que notre maître va mourir avant le jour de l’An?
— Bien oui, je sais! Pauvre lui, tous ses efforts pour amasser de l’argent ne lui auront servi à rien.

Le gars ouvre la porte au moment où les deux ânes qui étaient agenouillés se lèvent.
— Étonné, il demande :
— Qui  est-ce qui parlait ici?  Y a-t-il quelqu’un de caché?
Avec de grands yeux de bêtes, les deux ânes le regardent.
Le gars fait le tour de l’écurie, s’éclairant de son fanal à l’huile. Il n’y a personne. Tout à coup, il pense :
— J’ai déjà entendu dire qu’à minuit, le matin de Noël, les ânes s’agenouillent et parlent. C’est impossible. Je n’ai jamais cru ça.
Il s’allonge sur la paille de son grabat en pensant : 
— Comme notre Seigneur, couché dans une crèche et réchauffé par des ânes.

Tout à ses pensées, il s’endort pour se réveiller aussitôt. Une phrase qu’il a entendue lui revient dans la tête :
« Tu sais que notre maître va mourir avant le jour de l’An? »
— C’est de moi qu’ils parlaient! C’est moi leur maître! Je vais mourir avant le jour de l’an.
Toute la nuit, il est hanté par cette pensée. À certains moments, il interroge même les bêtes qui ne font aucun cas de lui.
— Je suis en train de devenir fou. Mes ânes à genoux, mes ânes qui parlent et prédisent ma mort bientôt.
Noël au matin, le beau soleil radieux est revenu. La tempête est calmée. Le gars chausse ses raquettes et se rend au village. Sa femme puis ses enfants étaient bien inquiets parce qu’il n’était pas revenu du travail la veille de Noël.  Il ne raconte pas son aventure et la grande fête est célébrée bien tristement. Avec sa femme et ses enfants, il va à la messe et devant la crèche de l’Enfant Jésus, il fait une prière.

— Petit Jésus, y faut que je trouve l’argent nécessaire pour payer l’avare avant le jour de l’An. Si je meurs comme l’âne l’a dit, ma femme, mes vieux parents et mes enfants auront au moins un endroit où demeurer. 

 Le pauvre a pris une décision :
— J’ai du bois de chauffage pour au-delà de cent écus. Je vais contacter les commerçants de bois et je vais leur demander une avance.
Peine perdue. Le 28 décembre, arrive et tout ce qu’il a pu amasser avec les économies de sa femme c’est quatre-vingt-dix écus. Mais la tempête qui est revenue avec plus de furie et l’empêche de se rendre à la maison de l’avare.

Le lendemain matin, il fait la rencontre d’un acheteur de bois qui lui dit :
— Si tu as du bois de poêle à vendre, j’en veux pour vingt écus!
Le marché est vite conclu. Avec cent dix écus, le bûcheron tout heureux prétend convaincre le propriétaire de la terre de lui accorder le sursis d’une journée.
— Si je meurs, selon la prédiction de l’âne, ma famille sera protégée.
Il cogne donc à la porte du vieux, mais ne reçoit aucune réponse.
— C’est étrange, il ne peut pas être sorti, il n’y a pas de traces de pas dans la neige. Il décide donc de forcer la porte qui s’ouvre sans effort. Dans la cuisine, près du poêle, le bonhomme assis dans une chaise berçante le regarde avec de grands yeux vitrés. Il tient un papier dans sa main.
— Je viens payer ma terre. Puis parce que je suis en retard d’une journée, je vous offre dix écus de plus.

Pas de réponse, pas même un signe.
Voyant que le vieux ne bouge pas, le gars demande :
— Êtes-vous malade? Avez-vous besoin de quelque chose?  Il fait donc bien frette icitte-dans! Vous ne chauffez pas?
Aucune réponse, aucune réaction.
Le bûcheron s’approche et s’aperçoit que l’avare est mort, gelé, raide comme une barre de fer, assis dans sa chaise berçante devant son poêle tout aussi mort que lui.
Sur le papier qu’il tient en main, c’est écrit :
Aujourd'hui, le 28 décembre, je reprends ma terre et je suis propriétaire de deux ânes.
Faute de documents et d’héritiers légaux, le bûcheron a conservé la terre, la maison, l’écurie, les deux ânes et les cent dix écus.

Son souhait pour l’obtention d’une faveur spéciale suite à la récitation des mille Avés le 24 décembre s’est réalisé et la prédiction de l’âne aussi.
N’est-ce pas que la nuit de Noël en est une des merveilles et que des choses extraordinaires peuvent se produire?

A-Émile Maheu D.H. 2000 ©
Selon les croyances de mon enfance :
1. Les animaux s’agenouillent à minuit le matin de Noël.
2. Les ânes ont don de parole à minuit le matin de Noël. Qui les entend risque de mourir dans peu de temps.
3. Récitez 20 chapelets ou mille Avés la veille de Noël, on obtient une faveur spéciale. Ces Avés représentent les mille pas que Marie a marché à partir de l’auberge jusqu’à l’étable où Jésus est né. Note : No 3. Louis Hémon fait référence à la tradition des mille Avés, dans Maria Chapedelaine.
P.-S. Consultez Internet, Google, « Traditions de Noël+mille avés »

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