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Le baiser de la veuve, une pièce lourde en émotions

Le baiser de la veuve, une pièce lourde en émotions
Photo: Courtoisie
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C’est dans un langage plutôt cru et vulgaire que débute la pièce de théâtre Le baiser de la veuve, présentée ce samedi à l’auditorium du Cégep Beauce-Appalaches, clouant ainsi plusieurs spectateurs à leur siège devant l’utilisation à outrance d’un langage si populaire. D’autres ont préféré en rire simplement et voir à quoi cela allait nous mener. Les deux vedettes masculines de la pièce campent ainsi leur personnage. Deux amis d’enfance habitant un petit village et travaillant dans une usine de recyclage de papier. Benoît (Antoine Bertrand) et Kevin (Marc-François Blondin) ne sont guère de vaillants travailleurs, passant la majeure partie de leur temps à se remémorer leurs souvenirs d’adolescents.

La venue au village d’une ancienne camarade de classe, Élisabeth (Julie Beauchemin), qui après 7 ans revient voir son frère avant qu’il n’expire son dernier souffle, ravive la mémoire des deux hommes. Dès l’arrivée d’Élisabeth, Kevin et Benoît deviennent tour à tour, meilleurs amis et ennemis devant celle qui leur rappelle le traumatisme de leur soirée du bal de finissants. Le ton monte, la tension est palpable et l’on sent la douleur émanée de chaque personnage au fur et à mesure que la pièce progresse. Victime d’un viol collectif dont Kevin est l’instigateur et Benoît, le «bon deuxième», amoureux de sa victime, Élisabeth vit beaucoup d’émotions en ce moment où elle semble revivre à nouveau depuis l’événement tragique. Elle s’exprime enfin, entre autres, dans un monologue sur ses seins, où l’on constate une souffrance vive et toujours présente après autant d’années. La dimension physique et psychique de cette œuvre nous entraîne dans un dilemme où la souffrance et la repentance de Benoît nous permet de se questionner afin de savoir si celui-ci mérite le pardon malgré son geste répréhensible.

Le baiser de la veuve expose à l’auditeur plusieurs réflexions morales et met à nu chacun des personnages à un point où l’on se sent coupable de rire de certaines répliques ayant ainsi l’impression d’être de mèche avec les agresseurs. Nul doute qu’après avoir vu cette pièce, personne ne peut en ressortir le cœur léger. C’est plutôt l’esprit tourmenté et questionné par ce drame que nous venons de découvrir que nous quittons la salle en sachant que la tragédie à laissé des marques profondes à la victime, mais aussi, devons-nous l’avouer, aux agresseurs. Une interprétation sans gants blancs, sans accents sur les décors et costumes, et où la parole et les émotions sont à l’avant-plan. Après 1h30 de spectacle, les lumières se sont éteintes, un silence se fut, chacun de nous était assis bien au fond de son siège, toujours stupéfié par les événements et la douleur que nous partageons avec les personnages. Les applaudissements suivirent 30 secondes plus tard et une ovation s’ajouta afin de signifier le brio du jeu des comédiens.

Rencontre avec les artistes
Peu après la pièce, les trois protagonistes se sont assis sur le bord de la scène, une bière à la main, pour discuter avec les gens dans la salle. Une belle initiative que d’avoir la possibilité de partager et d’échanger sur ce sujet lourd qu’est le viol. Simplement et honnêtement, nous avons posé des questions aux comédiens en soi, ainsi qu’aux personnages afin d’éclaircir, de nuancer, ce qui nous a été présenté. Lorsqu’on questionne les acteurs sur leurs sentiments en regard à la pièce, Marc-François Blondin nous répond : « C’est des grosses émotions, ça demande de l’énergie ». On y a discuté, entres autres, de la possibilité d’utiliser la pièce pour sensibiliser la population et surtout les jeunes envers les agressions sexuelles. Cependant, un consensus a été établi du fait que la pièce emploie un langage inapproprié pour être présenté dans un cadre scolaire. S’en est suivi une discussion sur la nécessité de la vulgarité. Bref, malgré le bon lot d’émotions vécues, il s’agit d’une belle soirée et la rencontre avec les artistes fut tout particulièrement appréciée.

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