Reportage - Partie 2/3
TAPAJ: un milieu de travail sans condition pour se rebâtir une estime de soi
Le programme TAPAJ (Travail Alternatif Payé À la Journée) est établi en Beauce depuis près de deux ans. Il permet à des personnes en situation de précarité sociale et financière de revenir sur le marché du travail à leur rythme.
Dans ce reportage découpé en trois épisodes, EnBeauce.com est allé à la rencontre des acteurs de ce programme pour mieux le comprendre et le faire connaître.
« Tapaj, c'est comme un milieu de travail où tout le monde a le droit de venir et de travailler dans le respect, dans l'intégrité et sans jugement. Chaque personne qui est là a envie d'être là. C'est sur une base volontaire », a expliqué Oriana, travailleuse de rue pour la Maison des jeunes Beauce-Sartigan.
Il faut reconnaître que ce qui motive avant tout les usagers du programme c’est d’être payé, « parce que tout le monde a besoin d’argent dans la vie pour survivre. » Mais pour Martin Beaulieu, directeur du CJE Beauce-Sud et initiateur du projet dans la région, la force de Tapaj c’est aussi la possibilité de créer des liens entre les intervenants et les Tapajeurs. Grâce à ces échanges dans un contexte informel, l’intervenant peut diriger plus facilement une personne vers un autre service dont elle pourrait avoir besoin, mais qu’elle n’osait pas mentionner. « Tapaj c'est un peu comme des petites marches avant des services existants qui peuvent être autant en employabilité, qu'en logement, qu'en santé », a précisé Julie Laflamme-Desgroseilliers, directrice générale de TAPAJ Québec.
Dans la vie de Linda Brisson, venue de Montréal sans rien, le programme Tapaj a fait une immense différence. Cela lui a permis de reprendre confiance en elle, de se faire un nouveau cercle social et de retourner finalement sur le marché du travail. « Quand je suis arrivée, j'avais pas de meubles, j'avais plus de sous, j'avais plus de bouffe, j'avais plus rien. (...) Audrey (travailleuse de rue) m'a aidée à trouver des meubles, elle a appelé Karine pour que je fasse un Tapaj et j'ai commencé tranquillement. Puis au fil du temps, j'ai fait le volet un et le volet deux. Mais maintenant je suis contente parce qu'après huit mois de recherche, j'ai fini par me trouver du travail! », a-t-elle confié avec enthousiasme.
Pour Sophie Caron et son fils Gabriel, tous deux Tapajeurs, cette opportunité leur permet d’avoir un peu de revenu et de faire des rencontres. Pour Sophie, c’est aussi très gratifiant de se sentir utile à la société. « Ça me fait sortir de chez nous au moins une fois par semaine. Puis je rencontre des gens dans des situations complètement différentes de la mienne. (...) On a la compassion envers les autres, l'entraide. C'est vraiment le fun »,a indiqué Sophie. « Moi, ça m'apporte à avoir de l'expérience plus tard pour, sur le marché du travail. Puis ça me rapporte aussi de rencontrer des nouvelles personnes », a complété Gabriel, vivant avec un trouble du spectre de l’autisme.
Notons également que les plateaux de travail en entreprise permettent aussi aux travailleurs de rencontrer personnellement des personnes en situation de précarité et de faire tomber les préjugés.
« Je pense que comme société, il faut se rappeler que la progression, ce n'est pas pareil pour tous. Pour la plupart des gens, réussir, c'est travailler à temps plein, avoir un bon salaire, tout ça. Mais pour d'autres, dans le fond, c'est réussir justement à se lever le matin, à maintenir quelque chose sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Il faut reconnaître cette façon-là de réussir aussi », a conclu Catherine Duchesne, intervenante à Aire ouverte.
Visionnez la deuxième partie de ce reportage dans la vidéo ci-dessus.
La troisième partie sera publiée le dimanche 8 novembre, à 18 h également.
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Première partie - TAPAJ: rejoindre les personnes en marge de l’emploi pour diminuer la précarité
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